TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les anges et démons de Terre à Ciel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sabine Chagnaud ~ (Extraits de Splendeur du ventre - travail en cours -)

(Extraits de Splendeur du ventre - travail en cours -)

les trompes trompent et moi empêtrée vaine
suis mère en miettes
la graine à moitié moi moisi
sous la chemise jardin teigne
linge bouilli dans les yeux pas une fête

***

on me retire de l’enfant on ne me garde pas
on ne voudrait pas d’erreur
me suis sûrement trompée de chambre
le cri à mes côtés n’est pas celle qu’on accouche
on me garde pour garder l’enfant qu’on regarde et moi
on me retire
je suis à côté des fleurs
elles penchent vers sa bouche
et moi je suis versée
vers les draps qui m’éloignent
de la couleur

***

Ce que j’ai à dire est une place vide
trop grande pour moi

***

il n’y a pas d’absence d’enfant
l’enfant est en moi avec moi
c’est vous qui ne savez pas
prononcer son nom

***

l’espoir comme c’est reparti
j’accroche ton nom de désir
à la splendeur du ventre

***

j’attends que tu attendes qu’il ou elle attende que nous attendions que
quelqu’un
fasse
que cela redevienne
vivable

(Extraits de Pour venir à vous)

Il est inhabité, elle vient le voir tous les jours.
Le goudron a des boursouflures qui éclatent sous ses pas et collent à sa semelle, c'est les manières qu'il prend pour l'avertir. Elle reste derrière la grille à juste le regarder, ses croix aux fenêtres qui clignent ses yeux, elle s'attendrit, se glisse jusqu'au plancher, se roule, passe ses doigts autour du trou, se couche dessus, son corps-boule est un pansement. Le bois y fait des traces brunes qu’elle lèche au passage. Elle enlève ses chaussures, se glisse dans l'ouverture, entre dedans par les pieds et les échardes, accroche un peu le cou, se plaque contre le mur une chair blanche, un rêve, elle se laisse absorber. Elle est contre sa joue, son ventre, elle entre dans le mouvement, une respiration de craquements, une ruse. Elle balance sa tête, une brindille, elle est un peu plus loin dans les hanches, là où la peau prend son empreinte de vieille vigne. Sur sa bouche une course de chèvres blanches déploie sa langue claire, une danse, ses pieds de bergère, courir toujours.


***

Elle reste sans mouvement derrière la grille, regard tourné vers la pénombre, dans l'excès du désir et de la chaleur blanche. C'est un passage, une cohérence, un lieu transmis. Il la saisit dans l'enfance, il n'y a pas de décision, c'est une rencontre amoureuse, une combustion, ce sont les branches qu'il lui donne : une généalogie.


***

C'est une route oubliée. Elle pose ses valises dans une chambre, une fenêtre sur le jardin et un fauteuil de velours vert, elle lâche les liens, les lignes, elle abandonne, elle est engloutie, c’est une prière, elle perd l'emprise, descend encore, s'éloigne de la couverture, rejoint une musique intime, un sous-sol, les pieds les mains au même endroit toujours, et le dos un peu plus, et offerte, elle gagne une absence.


***

Plus tard elle ne sent pas la morsure des branches, son corps inexercé. Elle marche vers un château, elle interroge une maison haute, elle voit quatre enfants derrière la grille, elle compte et recompte, il en manque toujours un, elle revient tous les jours, à force ils l’attendent. Ils n’ont pas de réponse à lui apporter, ils cessent leurs jeux et la regardent, il y a un temps suspendu autour de l’échange, qui la force à s’asseoir.


***

Elle compte : les grains de sable, les silences, les pierres, les tâches sur le mur, les coups de hache, les coquilles vides, l’église sonne les heures dans le désordre, elle compte. Cinq marches pour accéder au perron, trois tuiles tombées par terre, une vitre borgne sous la maison, une tombe. Les trous de nos histoires rassemblés dans sa robe, elle a fini de compter. Alors elle cogne ses genoux, c’est un rythme qu’elle retrouve, une comptine pour la danse, elle claque ses doigts ses lèvres, elle tend son bassin vers la terre, c’est un essor que donne le mouvement de ses mains contre la pierre, ça réveille des morts partout à l’intérieur qui sautent en l’air jusqu’à la gorge, et prennent la parole.

 
Recommander ce site
Poèmes et photos mentionnés de Cécile Guivarch - tous droits réservés