TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

L'arbre à parole

 

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Nouveau semestre pour l'Atelier Poésie à l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
(Par Roselyne Sibille)

[Pour connaître sa mise en œuvre et ses enjeux, vous pouvez lire le premier article paru à ce sujet sur le site de Terre à ciel : http://terreaciel.free.fr/table/etudiants.htm]

Ce que je souhaite vous partager aujourd'hui, ce sont les poèmes de plusieurs étudiants (ceux qui ont souhaité les rendre publics) sur ma proposition de créer des néologismes, comme l'ont fait en leur temps d'autres poètes.

Je leur ai donné trois exemples :


Henri MICHAUX : « Le grand combat »

Il l'emparouille et il l'endosque contre terre ;
Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ;
Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l'écocobalisse.
L'autre hésite, s'espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C'en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s'emmargine… mais en vain.
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille.
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentour qui pleurez dans vos mouchoirs ;
On s'étonne, on s'étonne, on s'étonne,
Et vous regarde,
On cherche aussi, nous autres, le Grand Secret.

Henri MICHAUX
in "Qui je fus" Gallimard, 1927

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Boris VIAN : « Un jour, il y aura autre chose que le jour »


Un jour
Il y aura autre chose que le jour.
Une chose, plus franche, que l'on appellera le Jodel
Une encore, translucide comme l'arcanson
Que l'on s'enchâssera dans l'œil avec élégance
Il y aura l'auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L'ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d'analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout cela
Une certitude subsiste :
Un jour - Il y aura autre chose que le jour.


Boris VIAN
in "Je voudrais pas crever" - 1962



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Michel SEUPHOR : « Le cercle et le carré »

« [… le rouge chante fort
sur le thème du blaft
le bleu clame l’ufitte
le jaune dit lime lime
lime lime lime lime
le vert entonne serrem
la blanc crisse
le mauve riffe à l’aume
le gris amaque
l’orange sifflote sur un air d’amertume
et toutes les nuances caqueraquettent sans tenir
compte des cris des couleurs fortes […] »


Michel SEUPHOR
« Le cercle et le carré »
in « Le jardin privé du géomètre » - 1988
Ed. Rougerie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici comment les étudiants se sont emparés de cette proposition avec leur écriture, leurs images intérieures et leur sensibilité :


JOUR DE MARCHE A DAKAR

Sabarage, piedsabodrage, jetabagage
tel est le manège hebdomadaire à Dakar.
Sangomar, Keur Massar
voient du monde affluer de tout part.
Je me perds, je ne sais plus où donner de la tête :
je cherche du pougoleyave ils me proposent du poibessonttrave.
Je ne peux leur en vouloir ; ce n’est pas mon domaine tout ce marcrichandage.
Il est dix-heures du matin et c’est jour de marché à Dakar.

Clotilde D.

 

 

 

 

 

 

 

 


LE SYNESTHETE

Le synesthète s'est égaré dans un champs de coquelila
de coquelido et de coquelisi
qui sont les enfants de coquelisieur et coquelimadame
Pour lui la couleur des fleurs a le parfum des nuages
qui ont la forme des lilas
Un peu plus loin il rencontre des grains de raisin
Quel caractère !
Le premier est pincemoicolérique
comme un grand oncle
le second plus calmereux
et le troisième quel nervogileux !
Mais voici que des cerises asmathiques
du haut d'un arbre tendent leurs visages
Soufflez, soufflez sur notre promeneur !
Et l'haleine des cerises fait s'envoler les brins d'herbe
qui se torticulent, tangiversent d'un bloc
et ouvrent leurs paupières
Ils entament alors une synesphonie pastorale:
La-si-mol-ri-mé c'est ainsi que commencent toutes les danses
la terre nue en rythme cahute et charoucelle
Elle soulève des parfums d'aiguille de pin, de thym et d'Andréa.
Quel bombardement d'odeur !
C'est la guerre des arômes qui combattent avec l'épine des roses
la tige des chrysanthèmes et l'ardeur des feuilles.
Tout près, trois grands chênes s'exclamorphosent en vielles dames
Leur rides sont filispongieuses, creuvaciselés
mais leurs voix sont douces comme une matinée
le lendemain d'une rivière ou l'on dévore impassivement
des pains-d'épiciers
Alors le synesthète aperçoit une violette dans un coin
Ses cheveux rappellent un fleuve
et le mauve de ses yeux est juteux
Il lui attraprend la main
Et rejoignant la sphère des danseurs,
des coquelila, des coquelido, des coquelisi
des brins d'herbe, des raisins, des cerises
des chênes, des nuages, du violon
des saveurs, des couleurs et surtout des humeurs
nos deux amoureux entament la danse des persifouillés
Elle consiste à chercher dans les poches
qui des deux a emprunté une pomme-de-ciel
Or c'est la violette qui l'a, et elle s'en va
entre les lys du chemin
Voulant la pourfuir, le synesthète trébuche
Tout s'efface, se désimagine
Il est seul dans le champ tout près d'une vigne
et les nuages ont la forme des nuages.

Germain TRAMIER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Tes yeux n'y vémelent guère
Mais l'envir te murmure :

« Toujours plus, juste un peu »

Durant ce tendre solacieux
Ton esprit s'enfinel de ce bel air

Ce parfum ombline s'éminole en toi
Ce caprice liamant te pamine en proie

A travers les célimels de tissus
Tes mains chancessent vers cette peau méline

Tes lèvres céblinent le long de ces lignes nues
Tu folisses, découvrant cette intime féline

Antonie AIZAC


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un réveil vide, l'odeur de pâtisseries biflues et le train.
Le train qui vient me chercher pour m'emmener loin des miens.
Un quai, des visages, une absence.
Et le train qui me possède m'obsède et arrache l'Envie.
J'ai vale au tolique.
Mais Sa Présence Invincible, me baurine, smifule ma tique et me dicte la vie.
Le réveil, le quai, la nuit.
La haine, le bret, l'ennui.
Et ce putain de train qui me roule dessus.
Ce tontique trique qui me yoquifie.
J'essaie d'étrangler mon desepoir avec mon pull beige, ca ne marche pas !
Il gripofie, s'accroche à ma rie.
Le train s'arrête, alors je
toule pour quitter ma Lune.
Et là, derrière cette misère pistifu, un bus infernal attend de renverser ce qu'il reste de ma duquibie.
Le réveil vide, l'odeur sucrée de la mort, et train
qui m'a conduit ici !

Shaïnesse DAOUD

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


INVENTIONS

Angoisse de feuille blanche
Alors tu écris mais tu ne sais que dire
Tu transcris ces mots qui n'ont pas de sens
Tu écris dans un dernier sourire

Je brûle, j'étouffe
Dans un crale profond
Je m'autocise et tombe en morticule
Lentement la létitude m'enlotit
Lithurgie luminique
Suffocarde fiévrante et burleuse
Elle m'envahit
Mon cœur s'encrête et s'entorne
Rythmique irréellement enivrante
Mon esprit s'emplove
Je me perds dans la painitude
Brûlante traîtrise, poisse cravante
Elle hurle dans ce vlacrarme
Elle m'a crucifié, j'agonise
Achècre-moi, absulit-moi
Et va calme...

Mr. X



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Avignon
Gare TGV
Le train : je parle avec un bragnard mal filé
Dans deux heures et demie, la durinière se termine
Voilà Paris.

Gare de Lyon
Métro, et ses galeries serpitantes.
Châtelet-les-Halles, lieu de transdition
Arrêt. Véritif. Sans retour.

Le Procope
Mon café arrive en même temps que toi
Paroles débondantes
Regards arrouchés

Toi & Moi
Le Grand Palais, ses tableaux toctes et bleuards.
Rue de Verneuil, devant chez Grix
On écrit sur le mur.

Dernières paroles débondantes
Dernières regards.

Métro
Soliture armitée
Gare de Lyon encore
Mon train est à 22:10


Anthony MILANS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ÔTEZ MOI CE JARGON ILLUMINE

J'ai chu sur les terres de phénixite,
Mes rêves galactovores ont trépassé,
Les draphens ont pavé mon chagrin,
Tandis que je fébrissais sur mes lasterns,

Le vagabond ostroie ses paladines
Le libertin se pomponne les praxens,
Le voleur les mains tourmentées,
Ô peuple aux chants souterrains !

Laisse-moi admirer tes ranières
Qui me content l'otenga
Et les palentueux mothazas
Du rival à l'échine dentelée

Ce lakaïi émeut les jouperettes !
Dont les rameaux unériens
Sont les métayers oligarchiques assomptifs !
Que me dit votre vaillant serf ?

Il trépignait sur le pilori
Je donnai ma missive au bourreau :
" Prends cette hache et ôte lui ses idées,
Ça lui fera les pieds et j'aurai une belle jambe !"

Jaïs DORIAC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Dans la noosphère les mots s'envolent
Les idées dansent autour d'un feu
Prêtes à changer à chaque seconde
L'écho d'un monde plus heureux
Des rêvambules bullent en rêve
Souriant clairement aux portes-rires
Riant aux éclats des caravelles
Dont la lumière brille un peu.

Les caravatired'ailes
Dans l'aube s'envolent vers d'autres cieux
Rencontrant sur ce foux chemin
Quelques soupirsiècles audacieux.

Et tout ce beau monde chante ce soir
Autour du feu de la noosphère
Se consumant dans le grand espoir
D'un rêve qui ne saurait se taire.

Ariane VITALIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
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