D’une de mes poches, je sors : des
coquelicots, éditions Pré
# Carré. Une nouvelle fois, je salue le travail
d’Hervé Bougel : travail soigné et belle couverture
de ce livret, réalisée par Aline Frienck-Coton. Et plaisir
de découvrir les livrets Pré # Carré dans la boîte
aux lettres. Dans ce dernier, Samantha Barendson brode autour du coquelicot,
fleur belle et fragile. Elle brode aussi autour de l’amour et
de celui qui ne sait pas partir, reste puis part. Relation amoureuse,
sensations, désirs, souvenirs qui se font et se défont.
"Il a dit
Je ne sais pas partir
Et j’ai attendu
Qu’il reste"
« Il était impossible
De mettre
A ta boutonnière
Le moindre coquelicot
J’ai passé mon enfance
A vouloir les cueillir
Il suffisait pourtant
Assise sur une pierre
D’attendre immobile
Au milieu de ton champ »
Et d’une autre poche, Vole Vole Vole de François
David et Consuelo de Mont-Marin aux éditions Les
Carnets du Dessert de Lune, en voilà une transition
après les coquelicots ! On en trouve des oiseaux qui volent dans
ce petit recueil, l’oiseau hélicoptère, l’oiseau
parapente, l’oiseau fusée, l’oiseau tentant de ressembler
à un avion, l’oiseau en parachute. Puis l’oiseau
de nuit, l’oiseau de jour, le funambule et surtout l’oiseau
et le ciel, l’oiseau et le soleil, l’oiseau son chant d’oiseau.
Textes tout en finesse. Consuelo de Mont-Marin illustre des oiseaux
à l’air moqueur. Tout cela pour le grand plaisir des petits
et grands.
Parfois on croit
qu’il n’y a plus d’oiseaux
c’est seulement
qu’on ne tend pas
l’oreille
assez loin
Toujours dans la série Carnets
du dessert de lune, Les âmes petites
de Véronique Joyaux. L’auteur a choisit d’écrire
sur les gens simples, leur foyer, leur quotidien, les journées
de travail qui s’achèvent, les hommes qui « bossent
dur » pour gagner leur vie, l’usine, les SDF, etc. Véronique
Joyaux nous rappelle que quelque part nous sommes tous plus ou moins
des gens simples. Elle nous parle de l’autre, elle observe la
vie telle qu’elle est, ses peines, ses souffrances et parfois
ses joies.
Tellement rêches les paroles entre
les gens
tellement vaines
Cela chagrin offense mais l’on reprend appui on
avance
Il faut bien
On avance un peu vers le soir
On s’éloigne de soi seulement d’un jour
un espace petit
On est là fatigué d’on ne sait quoi.
Et comme un dessert de lune se consomme souvent par
trois : Un carnet de têtes d’épingles
de Jean-Claude Martin, touches, tableaux en prose avec les gens qui
passent dans la rue, les portraits (pharmacienne, père, fille,
les vieux, les pêcheurs, la bouchère, le poissonnier, les
filles), les souvenirs, les gens qui partent et reviendront peut être,
ou qui ne reviennent pas. En deux parties : Autre et Je. Et de belles
illustrations de Claudine Goux.
Par la vitre, je regarde les gens qui avancent.
Ils sont plus nombreux que les troncs d’arbres dans une forêt,
plus serrés que les grains de sable sur une plage. Je ne sais
pas où ils vont. Parfois, ils laissent une couleur, une zébrure
sur ma rétine. Eux ne regardent rien. Ils descendent une rue.
Que suit une autre rue… Nous ne nous croiserons jamais.
Je n’oublie pas le dessert des desserts, Louis
Dubost avec annuaire de rien. Un planning
pour 2012 qui tombe à pic en ce début d’année.
Dans la série Polder,
à commencer par le 151 : Guillaume Decourt avec La
termitière. Le recueil s’ouvre sur des poèmes
en rime. Cela faisait un moment que je n’en avais pas lu, en général
je les fuis, dans une librairie, je n’aurai pas acheté
ce livre. Mais je suis abonnée et je soutiens Polder, donc pas
le choix, je l’ai lu. Et finalement je me suis prise au jeu. Voyage,
Afrique, enfance, amour, les femmes, les bananes, le manioc, le poulet.
C’est un mélange de tout cela. Et j’ai bien ri aussi
avec :
« Mais souviens-toi de ce que je disais
Lorsque tu mâchonnais mon nem »
« Y’a bon la baise »
Puis le Polder 152, Voir, regarder –
voir – de Claire Ceira. Textes écrits à
partir de toiles. Ce sont comme des galets. C’est un recueil où
la vie est présente dans toutes ces couleurs, y compris naissance,
enfance, vieillesse, guerre, mort, mémoire. C’est d’une
grande sensibilité, une belle écriture. Bref, j’ai
beaucoup aimé.
« la vie est verte ou jaune, verticale,
portant dans sa couleur organique moitié
l’élan,
moitié le pourrissement
et quelque chose qui nous échappe
incisant le ciel qu’elle traverse, son vide,
ses strates. »
et après la belle fiche que Cécile Glasman nous a offerte
à propos de la maison d’édition d’Odile Fix,
Le Frau, j’ai eu envie à
mon tour de la découvrir. On ne va pas refaire la note de lecture
de Cécile à propos de N’écris
plus je ne répondrai pas d’Amandine
Marembert et de Valérie Linder,
mais simplement saluer ce beau travail d’édition, cette
belle collaboration entre Amandine Marembert et Valérie Linder,
entre écriture sensible et illustrations fines.
« combien de temps
encore
certains mots
nous feront-ils
trembler
comme des feuilles
à l’intérieur »
J’ai lu un autre petit livre du Frau,
et j’ai choisi Fente de l’amour de
Christiane Veschambre et Madlen Herrström. Une belle évocation
de l’amour tout en finesse. Un passé simple
de tous-les-jours avec sa traversée
de l’amour au-dedans, son installation
sans limites et l’amour cherche une
chambre en nous.
Toujours dans la micro-édition, les éditions
La Porte avec deux livrets. Le premier, de Chantal
Dupuy-Dunier me parvient quelques jours après le naufrage du
Concordia en Italie. Ce recueil de poèmes, Et l’orchestre
joue sur le pont qui s’incline, est dédié
aux musiciens de l’orchestre du Titanic. Les poèmes, délicats
et subtils, nous offrent des impressions de croisière, «
nos rêves sont à la démesure du paquebot »,
la présence des musiciens « un accord de cuivre
», « sur la partition / les lignes
dérivent sous un dôme sans étoile »
de belles images « barrettes de mouettes dans les
cheveux du ciel », sans oublier de mentionner ce
que l’on oublie chez soi en partant en voyage
« nous avons oublié sur la
table
quelques fruits et un morceau de pain
nous les jetterons dès notre retour »
puis l’évocation du naufrage
« ne brisez pas la figure de proue
la montagne acérée s’en chargera »
Toujours avec Les éditions La porte, Yves Peyré
nous entraine avec Passage et effluves, dans
le mouvement de ciel, les va et vient de la vie, les rêves, les
désillusions, la lumière et le temps qui passe.
Venir le long de demain, tomber
en poudre,
se prendre au voyage, un aboiement
de distance,
les tiges se cassent sous mes doigts,
se tourner
avec lenteur, je ne désespère pas,
il me faut
dompter le sortilège, dessiner
le clair chemin,
l’interruption et la ruine, la vague
de peu
que je place dans l’immense,
les effacer.
Je décerne le prix de ma plus belle lecture du moment à
Croquis-démolition de Patricia
Cottron-Daubigné. Vous pourrez lire la très belle
note de Bruno Normand.
Mais pour en dire moi-même quelques mots, voilà un livre
qui traite d’un réel sujet de société, une
usine, un plan social. Le livre de Patricia Cottron-Daubigné,
en plus d’un remarquable travail sur la langue, est ancré
dans la réalité sociale. Un livre qui nous laisse les
yeux ouverts et pose les choses telles qu’elles sont.
Puis pour continuer sur une séquence émotion,
le récit de Valérie Canat de Chizy, Pieuvre
chez Jacques André Editeur m’a beaucoup touchée.
Elle y relate son expérience de la surdité et comment
l’écriture lui a permit d’ « établir
une passerelle entre le dedans et le dehors, entre moi et le monde.
» Un récit plein de sincérité,
entre souvenirs et oublis, entre le silence et les mots.
« Les jouets, sur la moquette de la
chambre, je construis des images, des histoires, je me parle dans ma
tête, entière dans mon univers. Soudain, maman est là,
au-dessus de moi, elle ouvre grand la bouche, baille, baille, sans proférer
un son. C’est comme une gifle, la fin d’un rêve, le
doigt tendu vers la porte m’oriente vers la salle à manger.
Le petit-déjeuner – ou le repas – m’attend.
»
Et toujours de Valérie Canat de Chizy, Créer
l’ouvert aux éditions
de l’Atlantique comme une invitation à l’éveil
des sensations, de courts poèmes, des vers courts, tout cela
dans un concentré d’émotions les plus douces.
Il faut serrer
Fort
Les tiges
Dans l’eau
Des doigts
Et boire
Les fleurs.
Puis d’autres livres des éditions de l’Atlantique.
Beaux livres et beau papier. Travail soigné. Dans le Décharge
152 il y en a une belle présentation, vous l’avez peut
être lue. Voici quelques extraits des ouvrages reçus.
ton corps n’est-il ciel de l’arbre
cours paisible d’un langage
quand l’étreinte des mots se relâche
silence gardé au fond des mains
avec l’éclat que je ne sais ouvrir
en toi de la rose au murmure d’averse
(Eric Chassefière – Peint de noir)
au point d’intersection
de l’horizon et des blés
les pies braconnent
leurs grains d’or
la girouette perd la tête
dans un vent qui hésite
à la fois manant
et aristocrate
un épouvantail
aux gestes austères
amoureusement protège
quelque prune trop mûre
deux martinets
aux ailes aiguisées
soulignent l’abondance
du jour qui se dérobe
pullulent des moucherons
et s’alcoolise
la chair des mirabelles
[…]
(Claude Luezior – Flagrant délire)
Retenir notre souffle, ne pas bouger, juste
calquer nos mémoires et les caresser.
Couchés, museaux entre les pattes,
ils
deviennent familiers.
Laissons-nous habiter par leurs haleines.
Immobiles, inscrivons nos origines dans
l’oubli du temps.
(Nicole Hardouin – Prométhée, nuits
et chimères)
Le vent d’ouest, chargé du cri des goélands,
soulève la terre, le ciel.
Il vient par vagues
écorcher nos visages,
les claquer
comme des voiles trop tendues.
Il roule parfois ; parfois il tangue ;
d’autres fois il gîte au-dessus des forêts.
C’est un marin qui souque, ce vent –
une volée d’embruns
qui crache
dans le nocturne.
(Daniel Leduc – Le chemin qui serpentait sous
les nuages)
Rüdiger Fischer poursuit son travail de traducteur
et de passeur avec un choix de textes de poètes français
traduits en allemand aux éditions En
forêt / Verlag Im Wald, La fête de la vie
(Das Fest des Lebens), cinquième volume. Très
beau choix de poèmes et certaine fierté que nous soyons
lus par les lecteurs allemands. Dans cette anthologie figure : Marie-Claire
Bancquart, Gérard Bayo, Jean-Michel Bongiraud, Denise Borias,
Patricia Cottron-Daubigné, Sylvie Fabre G., Luce Guilbaud, Cécile
Guivarch, Jean-Paul Klée, Colette Klein, Abdellatif Laâbi,
Sophie G. Lucas, Amandine Marembert, Roland Reutenauer, Jacqueline Roques,
Jeanine Salesse.
Côté revues, Décharge
152 avec une superbe couverture d’Antiocha Ouigour. Il y a
d’abord un dossier sur Tomas Tranströmer, prix nobel 2011
avec des traductions de Romain Mathieux. On retrouve avec plaisir Promenade
en forêt, rubrique de Rüdiger Fischer, Un abrégé
d’un Essai pour servir à l’Histoire d’une institution
: l’académie Mallarmé ( à suivre),
une présentation des éditions de l’Atlantique, une
critique de Croquis-démolition de Patricia Cottron-Daubigné
par Louis Dubost. Un choix de poèmes où je retrouve avec
plaisir Fabrice Farre et Thibault Mathouret. Les ruminations de Claude
Vercey sur Erich von Neff, les notes de lecture de Jacmo, etc, etc.
Le 29.30
de Contre-Allées me conforte encore à dire que cette
revue vaut le détour ! Il y a la place de lire les auteurs et
de découvrir de nouvelles voix (ou des anciennes). J’ai
pris plaisir à lire les textes de Ludovic Degroote, à
la manière d’un courrier des lecteurs, drôles mais
en même temps cela traite de sujets graves. Puis on retrouve Ariane
Dreyfus, Etienne Faure, Camille Loivier, Franck Cottet, Patricia Cottron-Daubigné,
Christian Garaud, Christophe Lamiot Enos, Corinne Le Lepvrier, Aurélien
Perret. Une nouvelle rubrique dans ce numéro, Cécile Glasman
et Matthieu Gosztola pose La question, à plusieurs auteurs (Patricia
Cottron-Daubigné, Antoine Emaz, Etienne Paulin et Jasmine Viguier)
: C’est la vibration du mot ou la secousse de la vie
qui fait marcher la main sur la page ?, viennent ensuite
les notes de lecture d’Amandine Marembert et Romain Fustier et
surtout, et surtout une chouette critique de Terre à ciel !
Et puis j’ai fait connaissance avec les textes
de Dorothée Volut grâce à notre ami internet, c’est
à lire, ici
ou encore ici
et là.
Et cela suppose donc que pour la prochaine édition ma bibliothèque
comptera parmi les livres quelques petites choses de cette jeune auteur
que j’ai bien envie de découvrir !
Bon, une fois n’est pas coutume, un peu de pub
svp ! Avec tout d’abord la parution début janvier aux éditions
suisses Samizdat
Creuser
les voix. Ce recueil a une histoire, un point de départ
: 6 poètes invités à Romainmôtier, en Suisse.
3 poètes suisses et 3 français. 3 hommes, 3 femmes. Ils
sont invités à une réflexion autour de l’apport
de l’écriture des autres sur leurs propres écrits.
Ainsi naissent ou grandissent des textes rassemblés dans une
anthologie. Au sommaire : Sylvain Thevoz, Cesare Mongodi, Philippe Païni,
Sereine Berlottier, Silvia Härri et Cécile Guivarch.
Puis la parution de Le cri des mères
de Cécile Guivarch aux éditions La porte.
Quand ma deuxième fille est née, son arrière-grand-mère
ma dit « Zélie ? Mais c’était le prénom
de l’arrière-grand-mère de mon arrière-grand-mère
». Et c’est comme cela que naissent des textes.
Cécile Guivarch ~ Janvier
2012