TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
Exactement là ~ Jasmine Viguier ~ L'idée bleue 2008

 

Retour aux bonnes feuilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est l’histoire d’un Je et de deux villes. La ville natale, au Sud, et puis l’autre, en Bretagne, où ce Je est venu rejoindre l’être aimé. Seulement voilà :


Je a débarqué joyeux et tout léger pour le
rejoindre lui dont les valises étaient trop
lourdes d’avant, tellement lourdes que lors-
qu’il les a vidées Je n’a plus eu de place.

C’est l’histoire d’un déchirement entre la ville aimée, baignée de soleil, pleine de vie, de bruits de mouvements et cette ville d’eau, où Je se sent anonyme, menacé de disparition.


Par les fenêtres ouvertes là-bas les bruits de la ville : claquements de portières, éclats de voix, talons aiguilles aigus sur le trottoir…
Je se rappelle c’était il y a longtemps mais ça revient d’un coup le besoin de ces bruits pour vivre.


Je marche dans cette ville qui lui est étrangère. Personne ne le remarque. On le bouscule sans le voir. Je est sans regard. Ici Je ne rencontrera jamais quelqu’un qu’il connaît au détour d’une rue.

 

A travers ces petites proses poétiques, Jasmine Viguier dit les choses simplement, au plus près des sensations. Des phrases courtes, l’utilisation du présent, et puis cette grande originalité qui consiste à faire du Je un personnage (une troisième personne et une majuscule, comme pour un prénom). Possibilité de s’identifier, impression en tant que lecteur d’accompagner le Je.
Des touches d’humour aussi malgré la tristesse :


Ici le soleil boude toujours. Paranoïaque je se demande ce qu’il lui a fait.

 


Ici les montagnes font très exactement 326 mètres de haut et pas question de les appeler collines. Je en rit beaucoup mais pas toujours.

 


C’est l’histoire d’un trajet intérieur, de la solitude à un recommencement, du silence à la parole. Un chemin à petits pas, timide et progressif.


Les jours rallongent. C’est comme un peu d’air en plus le soir à la sortie des bureaux. Je se redresse à petits pas pas vite pas tout d’un coup comme il voudrait avec un grand soleil pour le laver de toute cette nuit mais quand même.


Je a des mots plein la bouche derrière la langue entre les dents collés au palais ça enfle au fond de la gorge et tout au bord des lèvres des mots couleurs des mots amours des mots pliés froissés de ne pas avoir été dits depuis si longtemps.

 

L’histoire d’une renaissance, d’une force retrouvée qui accepte aussi ses fragilités.
Un hommage au langage aussi : mots aux parfums de souvenirs, mots douloureux, mots des livres qui viennent au secours du silence, écriture intime pour rester en vie, écriture adressée enfin.


Je voudrait enfin pouvoir dire tous ces mots qui doucement remontent éclore de très loin(…)

 

Le recueil est là. Il dit le chemin parcouru.

Cécile Thibesard, Avril 2009

 
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