TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
Entre terre et nuages ~Alain Jean-André

 

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Avec Entre terre et nuages, le poète Alain Jean-André a écrit un livre qui surprend par son inactualité. On y lit les poèmes d’un contemplatif qui semble converser avec la pluie, les chemins, les arbres, les montagnes. Il va même parfois plus loin ; alors le poème devient Paroles de la brume, Paroles de l’aulne. Mais qui parle vraiment dans ces textes ? On entend aussi la voix singulière de Celui des bois, et la même question se pose. Si l’auteur est directement présent dans certains poèmes, non sans humour, c’est avec un « je » aussi léger que les nuages.

En le lisant, on pense à la poésie de la Chine ou du Japon. Le poème Panne d’électricité ne laisse aucun doute :

Dans le silence d’encre du soir
je trace une carte de la Chine
à la lueur d’une bougie

Demain, un cours sur l’Empire du milieu
à des ados qui s’en foutent
de la Vallée des Trois-Gorges

Shanghaï c’est tout de même
autre chose, avec ses rues modernes
qui font penser à Brooklyn

– Mais ce soir avec la panne
et ma plume, je deviens contemporain
de Wang Wei et de Li Po

La seconde partie du livre, Terre des hauts, se compose de poèmes longs qui disent des sortes d’éblouissements, ainsi le Cri de la buse, ou racontent une expérience exceptionnelle loin des villes, par exemple le Chant des hauts. Le cri de la buse éveille « la part rude / la sombre / l’osseuse / l’ardente / l’enfouie / rayonnante », le bivouac dans la montagne produit une transformation complète, il ressemble à une initiation : « j’ai déchiré mes vêtements / et arraché mes masques / sans savoir ce qui reste // une autre respiration / un autre rythme / un autre masque ».

Cette âpreté de l’écriture s’affirme dans la troisième partie du livre, Le poème toujours recommencé. Dans ce long texte de quinze pages remarquablement composé, l’auteur révèle sans doute les images vécues et livresques à la source de son écriture tellurique pleine de contrastes et de force. Si c’est le cas, il nous livre un art poétique sans concession qui puise à un humus poétique d’une grande ampleur.

Dans une note qui ferme le livre, le lecteur apprend qu’on vient de lire des poèmes écrits entre 1980 et 1985. Il aura fallu plus de vingt ans pour qu’une voix à la fois étrange et proche nous soit accessible.

Céline Brun




 
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