TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
N’écris plus je ne répondrai pas
Amandine Marembert etValérie Linder,
éditions du frau

 

Retour aux bonnes feuilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


C’est un livret couleur miel, premier titre d’une toute nouvelle collection des éditions du frau, au nom prometteur de « L’âtre doux ».
On avait été enchanté par la première collaboration d’Amandine Marembert et Valérie Linder dans le sensuel et féminin Du baume-stick dans la douceur ( éditions La Yaourtière, 2009 ).

C’est donc une joie de retrouver la délicate alchimie de leurs univers créatifs dans ce nouveau petit livre à quatre mains.
L’épigraphe ( citation extraite de La ballade de l’impossible d’Haruki Murakami : « Ne m’oublie jamais. Souviens-toi que j’ai existé. ») annonce une variation autour du souvenir amoureux et de l’existence d’une autre forme de lien, au-delà des mots, entre les êtres.
Des poèmes courts pour dire le poids du silence et la mélancolie dont il voile les jours : quel fracas / cela fait / à l’intérieur / ce silence soudain ( ...) pourquoi des volets fermés / des feuilles mortes / le long d’un trottoir / figurent en moi / l’abandon / des gestes / de la parole échangée.

Lorsque le lien est enseveli dans la profondeur abyssale du silence, la présence de l’autre se lit dans l’infime : je n’aurais jamais imaginé / que l’encre se mélange / au noir des mûres écrasées / que la forme des lettres / ne tienne plus que / dans les empreintes / de pattes d’oiseaux.

ce que nous aurons / à nous dire / tiendra désormais / entre les lattes / d’une chaise / de jardin / oubliée / sous la pluie.

L’autre existe alors au présent dans les mots d’avant : en ouvrant le dictionnaire / nous tomberons parfois / sur des mots / qui nous furent des maisons / lumineuses et vitrées / incassables.

La lumière arrive de la nature, paysage-baume stick à recolorer le cœur. Le dehors devient tout à la fois reflet du chagrin et consolation. : chaque soir / un vol de passereaux / me fait lever les yeux / au ciel / dans un froissement / qui donne / à entendre / celui de mon cœur.

Les dessins de Valérie Linder accompagnent merveilleusement les textes, dans une attention constante à la fragilité des êtres et des choses. Une tâche de café au fond d’une tasse évoque la force du souvenir, une chaise de jardin oubliée sous la pluie la solitude. Un œil fermé au-dessus d’un flacon d’encre entouré de pattes d’oiseau dit le repli du silence, dessin des cils répondant aux empreintes minuscules des oiseaux.

Me touche tout particulièrement cette femme qui semble chercher un abri sous un livre, un fil marque-page la reliant au passé, traces de sang / pétales de géranium derrière elle.

La finesse artisanale du livre, cousu main, poèmes tapés à la machine, s’accorde magnifiquement à l’ensemble. Jusqu’au fil blanc reliant les pages et qui fait écho à l’un des textes : suffit-il / de dire / n’écris plus / je ne répondrai pas / pour couper court / à ce fil / qui nous embobine / encore.

Cécile Glasman

Pour toute commande, s’adresser à Odile Fix, Bélinay, 15430. Paulhac.
Chaque livret est au prix de 4 euros.
L’abonnement ( 5 livrets ) est à 16 euros.

 
tous droits réservés