TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
Translatlantique ~ Daniel Labedan ~ Carnets du dessert de lune

 

Retour aux bonnes feuilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le premier poème, « Zone lente », donne la couleur du recueil : le monde paisible et lent existe, mais le personnage central n’y a pas sa place.
Daniel Labedan écrit ses poèmes comme d’autres filment des scènes : en alternant plan d’ensemble et gros plan, avec une attention extra-fine au monde et un équilibre délicat entre ambiance et action.

« le gérant chinois de cette épicerie
a placé au-dessus de la porte d’entrée
une bande de soie avec
des idéogrammes imprimés
qui signifient bonheur et longue vie
Lucien Quine lui achète cinq samoussas
une pile au lithium une bouteille d’eau minérale
des kleenex et trois barres vitaminées au miel
dehors il pleut des cordes(…)
de jeunes enfants se placent
sous les gouttières et s’arrosent(…) »

Zone lente

Dans ce recueil, la caméra suit Lucien Quine, personnage froid et cynique ( « Quine reste obsédé par la vengeance/ cela lui procure un plaisir fort . »), au gré de ses déplacements professionnels en Amérique du Sud et de ses rencontres.
Se dessine ainsi, de manière subtile, un paysage à mi-chemin entre fiction et réalité, avec ses rituels, ses ambiances, ses personnages contrastés :

Au cimetière municipal sud
des inconnus ont volé
les os d’une morte
ont jeté des coquillages
tout autour de la tombe ouverte
et tracé avec de la poudre bleue
des signes qui évoquent
la déesse lemanja
mère de tous les poissons (…)

Immatériel

« Cette fille s’appelle
Valérie Solanis
mais ce n’est pas la
Valérie Solanis qui a tiré
sur Andy Warhol
c’en est une autre,
une analyste financière de trente-quatre ans
excitée et sûre d’elle
qui veut réussir(…)
elle n’a pas de jardin secret
ou plus exactement n’en veut pas(…) »

Un pays de quelques âmes

Le recueil aurait pu être glacial à l’image de son héros, mais il n’en est rien.

D’abord parce que la présence de poèmes à la première personne, sur un registre intimiste et lyrique, humanisent Lucien Quine, en laissant entrevoir sa solitude et ses blessures :

« Je bois des verres d’anis blanc
je regarde le ciel
en écoutant No tears de Tuxedomoon(…) »

Arrêt sur objet


« Oh je ne devrais pas
sous prétexte d’insomnies
me retourner comme ça sur mon passé(…)

tu ne me touchais jamais
tu ne me caressais jamais
tu me parlais durement
tu sentais mauvais
j’avais honte de toi
je ne voulais pas que tu viennes
nous chercher à l’école (…) »

Réfléchir à trois heures dix-sept du matin


Ensuite parce qu’au fil des pages, c’est bien le poète qui regarde, qui s’attarde sur ces détails minuscules et essentiels : un escargot sur une façade, l’inscription bonjour madame la lune sur une chemise de nuit ou encore un couple d’oiseaux dans une volière.


« Avec un râteau et une pelle en plastique
un enfant capture des petites méduses roses
puis les découpe en morceaux
qu’il va enterrer plus haut dans le sable sec(… ) »

Plage de Tulum


Enfin parce que la diversité des poèmes autorise les variations de rythmes, entre des passages lents, contemplatifs, qui donnent du champ à l’imaginaire du lecteur, et d’autres plus narratifs, au tempo rapide :


« Sur ordre d’une agence fédérale
il avait fait kidnapper
un nommé Reuben Luis Rivaldo Bareira(…)

avant de l’enfermer dans la cache
le type pleurait et criait
si vous me renvoyez là-bas
je suis bon pour l’injection létale
ne faites pas ça
ne faites pas ça
je vous en supplie(…) »

Revenir à Houston


Transatlantique vous convie à un voyage en poésie-documentaire, sur un de ces chemins novateurs que la poésie n’a pas fini d’emprunter.

Cécile Thibesard, novembre 2008

 
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