TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
Les vacances ~ Eric Sautou ~ éditions Flammarion

 

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Le dernier recueil d Éric Sautou, Les Vacances, nous ramène à l’enfance et à la mélancolie des choses éteintes.

La première partie intitulée Souvenirs, dresse une longue liste de choses vues et entendues. Il y a les objets et les êtres qui peuplent cet univers. Il y a des animaux, des fleurs, des oiseaux.
Mais aussi des mouvements secrets et invisibles: Deviner. Désirer. Somnoler. Se taire. Quelques verbes à l’infinitif pour dire le monde de la sensation pure, de l’être là, de la présence au monde et de l’effacement.

Ce monde évanoui, que la seconde partie, Poèmes, ressuscite, est fait de mots : j’écris les mots que je vois, le regard se faisant écriture. La voix qui raconte, dans une langue minimale et suspendue, a quelque chose de primaire, ou de primal. Celle d’un enfant, ou peut-être, celle de l’enfance… Elle nous parle avec la simplicité, la naïveté de phrases maladroites et inachevées et dont les temps ne concordent pas toujours, pour nous plonger dans une époque insituable où rêve et réalité se confondent.

Il y a de la douceur, il y a un chagrin diffus, mais, nous sommes consolés, répète la voix. Il y a aussi la magie qui relève des croyances de l’enfance, avec quelque chose qui pourrait sembler désuet, dans l’utilisation d’un lexique se rapportant à une autre époque, parfois à l’univers religieux, concourrant à créer cette atmosphère étrange et envoûtante pour dire ce qui n’est plus : C’est une prière (une prière apparemment).

Le « je « du poème s’adresse à un être absent : le père ( défunt) de la liste du début ? Et dont la présence absence hante le texte : à mon père ( dieu de la mort) j’écris. Et plus loin dans le poème : père mon père que je m’endorme à ta main.

On trouve dans les poèmes d’Éric Sautou, la présence récurrente de certains motifs : la neige, la pluie, le ciel, les nuages, les étoiles, ces éléments d’une météorologie personnelle pour décrire non pas le temps qu’il fait, mais pour rendre le climat d’une âme.

Tout est dit avec la simplicité, l’évidence, la légèreté des papillons, ceux qui s’envolent parfois dans le texte. On est à la surface, celle qui donne à voir et révèle l’être dans sa solitude. Dans cette poésie rien ne cri, tout murmure et chuchote comme l’enfance rêveuse et triste

Le recueil se clôt sur une troisième partie très brève, la lettre, écrite depuis un autre monde, une chambre vide où les fleurs se fanent, pour dire une tentative vouée à l’échec : j’ai essayé de t’écrire. Pour dire aussi le désarroi de celui dont la voix n’atteint plus l’autre et qui s’endort avec des regrets : j’écris au bord des grilles/je suis au bord (désemparé).
L’écriture demeurant alors l’unique consolation : j’écris ton nom, je m’en souviens.

Christine Bloyet, juillet 2012


 

 
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