TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Les bonnes feuilles de Terre à Ciel -
Une vi(ll)e habitée ~ Monique Quintard
Le p’tit Ciné. 2010

 

Retour aux bonnes feuilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FILMER SA VI[LL]E

Nous avons l’océan en commun et probablement / Cela nous guide. Les sources et ruisseaux, nous l’avons vu, naissent aussi de l’enlacement des nuits avec les jours, des sols avec les cieux. Quand nous faisons l’amour, nos suées ailleurs sont bruines, brumes ou buées sur les prunelles noires. Tôt ou tard, nos eaux, nos enveloppes se confondent, nos utopies se rejoignent, parfois trouvent corps, trouvent forme, par les corps / le corps en marche :


Quelques amis, une petite équipe en Belgique, entourent Monique Quintard cinéaste, engagée elle aussi dans un processus d’individuation et lui permettent film après film de s’interroger et de se répondre. Cette fois avec Une vi(ll)e habitée, elle nous fait partager des moments dans sa ville, dans l’entrelacement de sa vie avec ce qui se joue aujourd’hui, l’entrebaîllement des quartiers, des langues, elle nous laisse entrevoir le corps des possibles, un souffle dans une population en devenir.


Tout d’abord une forêt, cela commence par le choix d’un arbre pour le Meyboom (une fête ancienne) et continue avec Forest, une des 18 communes de Bruxelles. Le temps d’un jour, on remonte le temps, les rues / l’orgue des rues. Nous avons cela, la mort en commun, la vie en commun, nous avons cela / à nous conter, nous raconter / le passé aujourd’hui, le passé avec ses feuilles, avec ses branches, chaque année à le revivre, dans le souffle de corps enchanté(s). Puis on suit deux amies sous un parapluie, elles se confient ce qu’ont été les heures, les jours, les corps à un moment, à un autre ce qu’ont été leurs vies. Dans une ville en marche, en transformation, elle(s) s’expose(nt), se superpose(nt), se solidarise(nt) de ce qui fut, de ce qui fuit, de ce qui est / et devient. L’estran d’une vie, d’un corps ou que nous soyons / l’océan nous (nous) le représentons, maintenant avec cette fête récente, en cette ville même derrière nos déguisements : le sentiment océanique, notre nudité


s’habituer, se préparer à quoi /à mourir, à renaître ? déjà à vivre au milieu des siens, des autres […] / Des gamelles en fer blanc, du boucan ! Une tortue représentant le temps / passer au milieu des passants(es). Cela se déroule s’enroule, est-ce la mort là qui danse ainsi sur les pavés ? Dans les rues, le ressac – des femmes le miment avec leurs corps / […] à un moment quand même, stopper la Zinneke Parade, démonter les créatures, le décor – se débarrasser du / des costumes, des masques, du déguisement, rendre les trottoirs, les rues, à quoi / derviche


Nous avons Cela : à nous souvenir d’être là, à éclairer Quoi, de notre propre mystère. Monique Quintard, tour à tour, interroge la création, les créateurs, s’applique à habiter, à partager ce qui la touche et la modifie. En ce moment, un travail en cours, sur la femme Berthe Morisot et sa peinture.

Bruno Normand


 
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