TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Un ange à notre table-
Nathalie Guen ~ extraits
suivi d'un mini entretien par Roselyne Sibille

 

Inédits d'auteurs que nous sollicitons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le goéland qui riait comme ma mère


Un jour mon père il a ramené un goéland blessé dans ses filets
on aurait préféré manger du poisson alors on l'a pas mangé
le goéland il criait tellement fort que les voisins ils ont cru que c'était ma mère qui rigolait
alors ils sont venus à la caravane pour rigoler aussi
ils étaient tout drôles de voir que c'était pas ma mère
on a rigolé quand même en mangeant des chips
on s'est dit qu'on pouvait pas le laisser comme ça alors ni une ni sept plus un oiseau
on est monté dans l'Opel
mon père, ma mère, mon grand frère, mon moyen frère, mon petit frère, ma sœur, le goéland et moi
quand on est arrivé à la clinique des oiseaux blessés on nous a dit comme ça
votre oiseau on le soignera pas, y'en a trop des comme ça !
ni une ni sept plus un oiseau on est remonté dans l'Opel et on est reparti dans l'autre sens
on l'a soigné avec du ronron pour chat et du mercurochrome pour homme
on aurait dit un aigle peau rouge, Œil de lynx on l'appelait dans le camping
le goéland qui riait comme ma mère un jour il s'est envolé comme la comète de Halley
c'était beau comme une fermeture éclair d'un K Way rouge dans le ciel bleu

Mon père il a continué à pêcher des poissons, ma mère à rire comme un goéland et nous on regardait dans le ciel des fois qui aurait une comète de Halley qui rirait comme ma mère

 


Le premier mort de ma vie c'est George Pompidou
je l'ai pleuré à la télé avant de savoir lire
si même lui mourrait alors c'était foutu
j'ai remis des petites roues à mon vélo
il me manquait des dents devant et
plus jamais ma mort sera sans vie
elles ont repoussé de travers
c'est à cause de Pompidou
il a dit le dentiste
y'a pas d'appareil pour ça
faut la laisser
ça lui passera
il a dit ça
sur mon vélo la bouche ouverte
le vent passe à travers
aérodynamite
Casimodo du rayon vert
à cause de Pompidou
il a dit le
y'a rien à
quand elle passe
le mur du son
ça lui
des fois
je pleure par les dents
passera

 

Sept ricochets sur l'eau du lac

Vingt mots vains
et tout ça comme si de rien n'était
ses mots comme des corn flakes me piquaient la langue
ma grand-mère aurait dit étouffe chrétien ou crétin je sais plus

Smouroute Smouroute
chat d'imbécile
même pas de langue à donner

Si le jour je mange des fleurs en plastique
mange-moi

Même pas râlé pour aller à la messe qu'il a dit mon grand père
quand mémé elle a bouché ses artères

Lieux communs
pierres qui moussent
fosses communes de nos histoires

Un chat qui vous appelle
une sonnette à pousser
on fera rien avec ça

Des carottes
une sauterelle verte
un petit bec bleu
mitoyens
mis ensemble
mine de rien
ça réchauffe
(il a souri tellement profond
qu'on y voyait les dents manquantes)

 

L'eau des doigts ne se boit pas
tache la vie tant y'en a
empêche d'écrire
coule dans l'oreille d'un sourd
tombe dans celle de Van Gogh

AIEU ça PIQUe

cours aprés si tu peux
et ramène la
ramène la par la peau du cou
la peau du cou de l'eau
pas facile à dire

Qui en veut ?
De l'eau de vie
De l'eau des doigts
de l'eau de je sais pas quoi

l'eau des yeux ça ne se montre pas
ça se met dans un pot de misère à l'intérieur de soi
on en fait des glaces à l'eau en regardant les bateaux


 

 

MINI-ENTRETIEN AVEC NATHALIE GUEN
par Roselyne Sibille

Comment travailles-tu tes écrits ?
J'écris comme je lis, dans mon lit et après, je m'endors.

D’où vient l’écriture pour toi ?
Mon écriture vient du quotidien, de ce que les gens me disent, mon écriture est un plat du jour. Elle "s'en fout du qu'en-diras-tu" pour reprendre l'expression d'un patient qui me parlait de sa famille.

Ta bibliothèque idéale ?
Un bibliobus conduit par ma grand-mère ; on prendrait en stop George Perros. On ne lui dirait pas d'éteindre sa cigarette. On dirait : Il fait beau allons au cimetière, et après on ira voir la mer. D'accord.

Et aussi :
"Minouchette", un petit livre qui parle d'un chat qui disparait ; je l'ai obtenu en le troquant contre des billes dans la cour d'école quand j'avais six ans.

Que t'apporte l'écriture ?
J'ai fait revivre tous les morts que j'aimais bien et les autres non.
J'ai compris pourquoi j'avais des dents de travers.
J'ai retrouvé une épicerie polonaise sur la Place de l'Hôtel de Ville de Tarascon avec des cornichons à l'aneth.
Je peux écrire bâteau comme gâteau, et chou pleur comme je veux.

D'où vient cette idée de Smouroute qui a donné lieu à ta série de poèmes, aux dessins de Sylvie Durbec et à l'exposition de votre co-création qui a lieu en ce moment au Centre Européen de Poésie d'Avignon ?
Ce projet commun est né d'une proposition de Sylvie Durbec. A propos d'une histoire que j'avais commencé à écrire. L'histoire démarrait comme ça : "Smouroute, Smouroute, chat d'imbécile même pas de langue à donner."
Sylvie Durbec, poète et bricoleuse, m'a dit il y a environ six mois : « Je te propose un truc, tu écris les aventures de Smouroute et avec mes collages je t'accompagne. » Cette idée nous a fait rire alors on s'y est mis.
Les aventures de Smouroute ont commencé.

S'il fallait résumer l'histoire, ce serait celle d'un chat polonais, celui de mes grand-parents. Il miaulait en Bashi Basouk et parfois se prenait pour un lapsus.
Les collages de Sylvie Durbec ne sont pas des illustrations mais un univers à part entière qui évolue en parallèle au mien. Les deux univers mis ensemble forment un autre univers : celui de Smouroute, le chat qui se prenait pour...
On voulait réaliser rapidement un livre où chacun puisse lire les textes.
Mon frère nous a fourni en coquilles St Jacques parce qu'il en mange beaucoup.
Toutes viennent du port de l 'Auberlac'h et de Rostiviec, près de Brest. Comme c'était la fin de la saison, il fallait se dépêcher pour en avoir.
Ensuite j'ai fabriqué des livres-coquilles où on peut lire l'histoire.

Le seul inconvénient c'est qu'on a pris du poids, on a beaucoup mangé, on a beaucoup bu. La poésie ça fait grossir.


Nathalie Guen est née à l'Ouest.
Elle est passionnée par les oiseaux marins, la musique et la littérature microscopique.
Membre actif de la Petite Librairie des champs à Boulbon, elle participe depuis plusieurs années à des ateliers d'écriture avec Patricia Geffroy.
Plusieurs de ses textes ont été publiés dans la revue numérique "Les états civils n°8" de Daniel Labedan et sur le blog de la Petite Librairie des champs.
"Smouroute va à la cuisine" est sa première histoire écrite dans une coquille St Jacques.


 
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