TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Un ange à notre table-
Isabelle Grosse ~ extraits de Les chiens

 

Inédits d'auteurs que nous sollicitons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


à l’hôpital le mal dans son petit corps son mal de planté là dedans son mal à elle qu’ils disent qu’ils disaient qu’ils diront encore du blanc partout tout partout partis volés les mots restés dedans coincés tombés tout au fond du dedans je suis dedans j’y suis j’y reste transpercée j’encaisse tranchée par la moitié j’envoie j’en vois des vertes et des pas mûres historiettes par ci fariboles par là les mots des uns les mots des autres moi dedans tout ça

je m’étale je divague et je cherche cherche je cherche j’ai cherché je chercherai plantée là debout dedans le mal dedans vous me vouliez vous ne m’aurez pas tu parles trop tu écris trop tu fais tout trop mal j’ai mal le pus susurre mes mots ne peuvent le silence dit le corps mon corps crie se tord ma gorge le tube dans ma gorge la main de l’infirmière encore une dose pour me faire taire tu parles trop vas tu te taire tu

 


accusée levez-vous ils sont entrés sans frapper j’étais pas là sans frapper au nom de la loi je vous arrête tout de suite vous dites n’importe quoi sans frapper je vous dis j’étais pas là en pleine tête en plein ventre aller retour ça tourne tourne dans ma tête ça cogne cogne dans mon cœur

elle est folle elle délire elle est complètement folle tu dis n’importe quoi ma pauvre fille elle est folle je te dis


aller retour instantané sans frapper j’étais pas là ils ont tout lu tout tout n’est pas permis non pas tout tous les jours j’écris toutes les nuits sans frapper accusée levez-vous ils ont tout lu tout ils ont volé mon meurtre de papier mon cahier ils l’ont lu l’ont volé l’ont brandi m’ont menacée menacée sans frapper j’étais pas là

 

rafales de mots en pleine tête en plein ventre pétrifiée debout anesthésiée partis les mots disparus perdus volés ils ont volé mon meurtre de papier il a lu tous mes cahiers


lequel parmi tous ces lequel debout bien droit comme si de rien n’était on donnerait le bon dieu des traces d’eux vas tu te taire anesthésiée lequel


ça ventre ça ventre ça ventre ça crie ça hurle debout dedans du corps à corps ça hargne ça rage et ça raye graphite indélébile tranchée debout dedans ça cogne ça cogne en pleine tête en plein ventre le pus susurre gronde se répand ça courbe courbe sur l’écran rouge sang ça pétoche en blanc

 

attendu que dedans les mots dedans tenir les mots dedans que saisie à la gorge je suis par la grande et la petite


attendu que la ponctuation c’est pour faire joli qu’ils me tiennent comme les majuscules et que les points justement moi j’en veux pas que je serre les poings mes petits poings violacés et que les ongles j’en ai plus pour les rentrer dans mes petites paumes et que les ongles ils seraient tombés tout droit dans la turgescence

 


accusée couchée pas bouger dans le lit blanc ça hurle ça hurle dans son corps des gouttes d’eux sur le cahier des larmes à moi je suis perdue ne le voyez-vous pas sans frapper tous les jours que dieu fait j’écris le délit accusée levez-vous vous me vouliez vous ne m’aurez pas accusée j’envoie j’en vois des vertes et des pas mûres au nom de la loi je vous en conjure le pus susurre ce que les mots ne peuvent menacée menacée tout n’est pas permis non tous les jours toutes les nuits j’écris le cri trop longtemps détenu je suis perdue ne le voyez-vous pas

elle est folle elle délire complètement elle est complètement folle tu dis n’importe quoi je n’ai jamais dit ça au nom de la loi je vous arrête tout de suite accusée levez-vous ça tourne tourne dans ma tête je suis folle et je l’écris tous les jours toutes les nuits je ne dors pas je l’écris tous les jours toutes les nuits le cri du tout petit corps à l’hôpital tous les jours que dieu fait vous n’étiez jamais là accusés levez-vous

 


attendu que ma langue est ligaturée pieds et poings liés j’écris les lundis je m’écris je attendu que j’attends au tournant à la place du mort avec mon permis attendu que dans ma pauvre petite tête je pauvre fille perdue j’écris pauvre folle je suis perdue attendu que l’envie du sang me vient que l’envie de tuer m’assaille de tous cotés attendu que je suis folle je l’écris attendu que ligaturée la langue roulée en boule tourne tourne huit à dix fois tu parles tu écris tu fais trop attendu que la langue coupée le ventre tailladé trépanée la tête à genou j’implore et j’écris tu organises ta perte que cela pourrait se retourner contre vous les écrits restent ma pauvre fille que vont ils faire de toi

 

Isabelle GROSSE
bio-biblio express: née en 1966, vit à Niort. A publié « nina » aux éditions un-état-d'esprit, des textes poétiques dans les revues Liqueur 44, N4728, Nouveaux Délits, Comme en Poésie, Verso, Décharge, Casse~Pieds, Locomotif (Québec) et sur Internet dans le Capital de Mots, Incertain Regard, Des Rails, FPDV et Mouvances.

http://m-e-l.fr/Isabelle%20Grosse,494

Comment travailles tu tes écrits ?
j'écris à la main
j'écris avec un crayon de papier
j'écris dans des carnets sur des feuilles volantes dans de très grands cahiers j'écris tous les jours je note tout ce qui vient tout ce qui ne vient pas j'écris je cherche je recopie je reprends je modifie je recopie j'écris je lis à haute voix je relis / relie je lis j'écris je recopie si c'est trop difficile je m'éloigne des mots quand j'ai trouvé quand je sens que c'est juste j'écris sur l'écran avec le clavier


D’où vient l’écriture pour toi ?
elle vient de très loin
elle vient du dedans
elle vient de ce que la bouche ne peut dire elle vient de ce qui me remue fort elle est devenue nécessité


Quelle est ta bibliothèque idéale ?
elle a beaucoup évolué depuis le club des 5...
je parlerai juste de ma découverte de un bruit de verre en elle c'est peut-être grâce à Albane GELLE que je suis entrée en écriture poétique



 
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