TERRE à CIEL Poésie d'aujourd'hui

Un ange à notre table-
R oland Cornthwaite ~ entretien avec Cécile Guivarch

 

Inédits d'auteurs que nous sollicitons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Un carnet, la Loire, de toute évidence une fascination pour le grand fleuve. Comment surgit ton écriture ?


Arrivé en Loire-Atlantique en 1975, je m’y suis senti très vite chez moi, en adéquation avec les gens et les paysages. Les horizons sont dégagés, les paysages ne s’imposent pas. J’ai toujours écrit des bouts de textes, des mots, sans vraiment y penser. En fait, j’ai surtout commencé à me méfier des mots qui ne semblaient pas dire ce qu’ils disaient, puis j’ai appris à chercher les mots justes ( ?) pour finalement apprécier aussi leur imprécision.
La Loire a tout de suite été un sujet de plaisir. Disposer d’un grand fleuve, au cœur de la ville, pouvoir découvrir des îles, les berges, les petites villes alentours. En 2002, j’ai dû déménager en urgence et les hasards immobiliers m’ont amené dans un appartement avec balcon et vue plongeante sur la berge. J’ai tout de suite cherché les mots pour traduire cette fascination de l’eau, l’inversion du courant avec la marée...
Souvent je reste devant le fleuve, dans une sorte de rêverie verbale. Les images sont d’abord des mots : « L’écriture, c’est prendre ce que je vois et le rendre à ce que je vois.» (J. Bastard, Le sentiment du lièvre). Je crois que je vois mieux avec les mots et que ce qui n’a pas de mot n’est pas vu (ou rarement, ou mal). Les mots pour cerner, comprendre... Devant la Loire, ce qui me saisit, ce sont ses mouvements, tout ce qu’elle contient de mystère, cette surface, comme un miroir tendu à mes pensées. Tous ces mots qui passent sédimentent jusqu’à ce que j’aie besoin de les écrire (débordement et/ou frustration ?). C’est un chantier permanent, repris sans cesse.

 

D’autres auteurs ont écrit sur les bords de Loire, est-ce que tu te retrouves dans ces écrits ? Quels auteurs recommandes-tu ?


Sur les poètes, la question n’est pas facile. Je suis arrivé sur la pointe des pieds dans un univers bien vaste. J’ai cheminé comme on randonne, découvrant des auteurs par affinité, l’un parlant de l’autre. Ce n’est pas forcément les auteurs qui parlent de la Loire qui m’intéressent, mais plutôt ceux qui creusent un sujet avec obstination (N. Pesques et « le Juliot » par exemple, ou J-L. Parent à propos des yeux et du regard). Plus loin dans mes lectures, il y a Borges. Ce sont les mots qui me questionnent et leur rapport aux objets. Là, je pense à F. Ponge : « reconnaître le plus grand droit à l’objet, son droit imprescriptible, opposable à tout poème... ».
J’ai découvert voilà quelques années, aux éditions du Dé Bleu, une collection initiée par le Centre Poétique de Rochefort. Chaque année, à la suite d’une résidence de poète à Rochefort, un livre est édité. La résidence, c’est une confrontation plus intense aux mots. J’ai particulièrement aimé le texte de J. Sacré « Le poème n’y a vu que des mots », mais aussi Joël Bastard « Au dire des pas » et C. Nys-Mazure « Seuils de Loire »... Cette liste n’est heureusement pas exhaustive !
Sur les bords de Loire, il y a de nombreux poètes. Tous n’écrivent pas sur le fleuve, ou sur les paysages du fleuve. Il y a une proximité géographique qui n’induit pas forcément un rapprochement d’écriture. Et il existe aussi un héritage historique, je pense obligatoirement à Joachim Du Bellay, à Liré - souvenir d’école primaire, mais qui aurait pu me dire alors que je viendrais vivre si près ? Plus proche de nous, René-Guy Cadou et quelques autres ou Julien Gracq, pour ses « Eaux étroites ».
Je suis toujours surpris de découvrir que chacun porte en lui son fleuve, son regard personnel sur certains aspects du fleuve, sans jamais en épuiser le thème.
J’ai lu dernièrement « Loire » de Paul Badin aux Ed. Tarabuste avec beaucoup de plaisir. Sa « Loire » est faite d’instants de lumière. C’est aussi celle que je connais.
Mais j’aime aussi des poètes comme Charles Juliett, François Cheng, Bernard Noël... Je suis toujours plus sensible à un texte porteur d’émotions, plutôt qu’à un style, même si je reste parfois admiratif devant des constructions très élaborées.

 

Il faudrait rajouter une petite biographie…

D’un père d’origine anglaise et d’une mère du sud de la France, je suis né à Annecy, en Haute-Savoie.
Je suis arrivé en Loire-Atlantique en 1975 et travaille à Nantes depuis 1980 où j’ai été instituteur (je préfère ce mot à celui de « professeur des écoles ») jusqu’en 2005. L’écriture est pour moi une conquête et une liberté.

lire des extraits du carnet de Loire de Roland Cornthwaithe

 

entretien avec Cécile Guivarch

 

 


 
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