si peur de ne plus pouvoir mais le temps ne sera rien il ne nous
aura pas peur
je ne dors pas ou quand je dors c’est aussitôt
la cavalcade des mots phrasés qui une fois réveillé
sont perdus enfouis où parce qu’ils ont trop fait
l’amour trop couru les fleurs trop volé sur ton aile
dans tes airs vers alors j’écris mais tout ou presque
– ces cendres que j’essaie de réchauffer –
tout ou presque si peu peine à (re)venir – mes revenants
ne sont jamais des poèmes il faudrait qu’ils t’aient
trouvée au moins que tu viennes en leur compagnie –
alors à moins que je te lise et te poursuive
mais écoute ce conte de la source et du fleuve tu sais
conclut kierkegaard c’est au fond de l’océan
alors va pour au fond des nuits perdues des rêves envolés
et des poèmes brûlés
je te cours après te poursuis alors sans cesse espère
te voir une fois arrêtée pour tomber ensemble dans
nos poursuites de nuits claires nos éclaboussements de
fleurs
|
(sotie des enfants sans souci)
jaune dit le conte est bon le conte est
vert reprit bon c’est la morale de l’histoire
alors jaune sur l’air d’une voix du conte se déchaîna
le conte n’est pas toujours bon j’en connais de très
méchant loup et princesse et roi et petit tailleur chacun
compte ses morts et avale et profite et vont au lit et disent
les enfants beaucoup mais qui dit
et sur l’air d’une autre voix du conte jaune renchérit
mauvais parfois le conte et mauvais plus d’une fois quand
il se perd en forêt et plus de cailloux ou les corbeaux
qui chipent le pain blanc et les couronnes sur les têtes
pour l’ogre qui tue bêtement les petites filles avec
leurs couteaux dans les dents
et trouvant un autre air d’une autre voix plus grave jaune
surenchérit même parfois très mauvais si le
loup est masqué et le cochon en jeune premier et la sirène
se coupe le bout du sein et vert ajouta sur l’air d’une
voix plus aigue la même chose mais en pire avec du sang
dans les fleurs et l’amour en dégouline c’est
ma sœur anne qui s’empiffre ne vois-tu pas
alors vert et jaune entraînant tout l’auditoire en
chœur dirent pas bon du tout aujourd’hui mais si les
femmes et les enfants n’y croient plus où dormiront-ils
avec leurs rêves de forêts sur tapisserie et petits
diables sur les bords avec sade dans la cave ou au grenier sait-on
jamais
il ne sait plus conter dit une petite voix au dernier rang je
vais vous en raconter une bonne à propos des comédies
de sade à la bastille quand il demandait d’allonger
la sauce pour tatouer la bite de son gardien et celle du président
qu’il roulait dans un mouchoir de donzelle
le conte en reste sans voix mort de sa bonté ou sa voix
en allée et que sont devenus jaune et vert demandent les
enfants sans souci ils se nichent dans la morale en vers de charles
ou des frères à moins que l’andersen fasse
pipi au lit dans les manuels de pinocchio et tout le monde enfin
se dit t’as mis le nez où pour qu’il bande
aussi vite
|
ci-dessus retirer
pour laisser passer le lyrisme et abandonner ce ton inopportun
vous comprenez bien que les mélanges ont des limites et
vous passez les bornes
tu as compris maintenant pourquoi pasternak a écrit oui
je voudrais enfermer
ta beauté au donjon ténébreux d’un
poème c’est où qu’on loge l’irrévérence
ne te prends pas pour un boris ou alors des manchots et poulbots
suicide-toi
mon jour est un matin refusé
de lumière – sans toi
mon autre est un jour je est un autre tu m’es autre
de plein jour claire la nuit le
jour
tu fais jour comme oui dans non
l’inverse et c’est
renversement
|
face à face
t’envisagerai
si tu ma main prends partout
où tu me donnes
ta voix
donne-moi ton retour de vie ta matière
pyrénées mon château ton île
ton rouge-gorge mon coquelicot
ton je mon tu ton aile sa nuit
mon air tes rimes mes résonances
ma volubilité ta retenue
marina boris
mes oiseaux tes fleurs
ta haie mon buisson
tes vers mes proses
mes lys mes landes ta morsure ton pic ton midi
mon murmure ton étoile
ton baiser mon silence
pas un jour sans
|
le pire augmente pour quel mystère quand j’ai couru
l’estran à perdre souffle pour rien et l’impossible
au bout aucun départ les lettres qui ne partent s’effacent-elles
sur la plage tout t’écrit sans partir où tout
part c’est m’écrire sans tu je me tais en hurlant
l’écume léchait mes pas les mouettes s’affolaient
et je courais hermès ta boussole court devant et je déboussolais
la nuit la nuit la nuit sans ton jour j’ai fui sous les
reflets de ciels à tomber dans l’océan se
noyer dans son blanc avec toute ton écume
pour la trouver ta main de toujours chaque fois avec ta voix bien
entendue mes cris dedans j’essuie mes pleurs ma pleine de
fleurs je prie pire que toi les deux mains jointes c’est
te serrer le cri et je me ronge les ongles en suivant tes lignes
de paume
ton poème c’est mon ciel tu es
mieux j’essuie tes yeux avec
ton ciel mon poème c’est je suis mal mes yeux tu
essuies avec
je relis sans pouvoir relier et ne vois que ma tombe ta voix comment
y mourir
me trompe délire sans savoir plus lire meurs d’amour
où est mon âme de vivre
vis ta voix mon seul désir c’est l’immense
et ne le trouve plus où tu te retires
pas de voix sans voix dans la voix et pas de mourir en voix sans
vivre en lire
courir me fait toujours perdre mais vivre c’est
perdre sa vie éperdument sinon rien ailleurs bien sûr
en courant toujours dans ta voix ai poussé un terrible
cri dans la nuit de ta lettre oui nous étions par trop
près mais où plus rien ne se mesure autre que l’immense
sans mesure aucune de cette seconde-là de l’explosion
d’où cela part-il quand rien n’annonce autrement
que t’entendre sans s’entendre et quand brûle
encore la mèche et qu’il est encore possible d’arrêter
mais est-ce possible à courir si vite alors que tout presse
et la voix m’accélère sans compter la lettre
ne part pas et s’écrit encore plus vite parce que
écrit marina la main court devant jusqu’où
tomber par des mots leur cœur d’appel ce silence crié
encore devant devant jusqu’à tomber dans le pli des
mains bientôt jointes
|
que la rencontre c’est
quand
on n’arrête
pas
vers silence au milieu de tout ce bruit tohu bohu
et commencement de tout
l’empyrée le feu sur le gange nos noyades à
me tourner bourrique sais faire l’âne petit roi des
coups portés quel sens
la vie que tourner pour exploser plein vol feu de bengale pétard
mouillé un baiser impossible une fleur d’été
c’est mille graines jamais papier en feu poème de
feu oui irradiés nous avons des siècles de retraitement
devant
fossile de fossettes je vis de tout congédier la roche
cogne comme lave en feu n’a pas de vacances elle part sans
férir
je pars tu dis et resterais c’est pleine vitesse que je
cours devant où ne sais sans guide toujours déjà
parti devant ta voix
mise à feu n’a pas de date mes sandales au bord mon
corps a chuté dedans où est l’âme dans
tes fêtes du silence
me taire en pleine volubilité au bord d’un
volcan pleine éruption toute lave je vole au cratère
de ma débilité quand tu me tais tu me laves d’un
silence sicilien
et
l’émerveillement
par silence
|
Comment travailles-tu tes écrits
?
Ils me travaillent plus que je ne les travaille.
Je n'ai pas de métier autrement que celui de vivre dès
que j'écris. Il me faut même défaire tout ce que
je fais professionnellement (enseignant, chercheur, essayiste) - ce
qui ne veut pas dire rejeter ou rompre mais trouver un continu qui transforme
ces autres activités en augmentant la part d'inconnu que le poème
m'invente. Mais je ne sais jamais si c'est poème: c'est lui qui
sait et donc la relation qu'il engage avec moi, avec les autres car
sa force c'est de continuer, de me continuer en plus vivant. J'avoue
que ce n'est pas toujours mais que sans cela je ne serais pas qui je
suis : je suis (suivre) ce poème qui me traverse, m'emporte,
me travaille.
D'où vient l'écriture pour toi ?
De très loin et de très près. L'écriture
vient comme si quelqu'un d'autre me disait d'écrire, de l'écrire.
Et c'est souvent comme des voix qui me hantent : elles viennent de lectures
ou de gestes qui se reprennent dans ma main, tout mon corps - les dix
doigts raidis, les yeux troublés, le corps asphyxié si
l'écriture n'emporte pas le corps et tout ce qu'il porte (esprit,
âme, inconscient, pensée, chant,
rythme...) dans un continu du vivre-écrire. Et donc de très
près :
les circonstances ou ce qui compte comme l'air et c'est l'amour de qui
ne cesse de me toucher, et c'est les rencontres de qui ne cessent de
me bousculer, et c'est le monde qui multiplie mes distractions, mes
digressions. De très loin et de très près, l'écriture
me fait découvrir l'océan dans les remous d'un fleuve
volubile où je plonge ma retenue. Je suis nu et j'ai peur mais
c'est emporté que j'aime vivre en tombant dans les bras de ce
qui m'arrive.
Quelle est ta bibliothèque idéale ?
Elle n'existe qu'à se recomposer chaque jour : les reprises sont
infinies comme les dérangements. J'écris certainement
beaucoup en marge et donc je lis aussi beaucoup en marge avec toujours
du retard où les piles s'effondrent et font apercevoir l'inconnu
de ce que je croyais avoir lu. J'ai des engouements où je lis
tout un auteur et puis je l'enferme pour qu'un beau matin il me réveille
dans le livre d'un autre. Une phrase de Proust m'a fait commencer. Ponge
m'a subjugué au point de ne plus écrire. Bernard Vargaftig
m'a ébloui.
Bernard Noël et Henri Meschonnic m'ont imprégné.
Je réponds au même moment les écritures d'un ami,
Philippe Païni, et d'un Ovide en passant bien sûr par mon
cher Ghérasim Luca (ces trois là ont à voir ensemble
chez moi; je pourrais évoquer bien d'autres constellations).
J'écris presque toujours comme en correspondance. J'aime Marina
Tsvetaïeva et tout ce qu'elle aime : Pasternak, etc. J'aime sa
grande traductrice malheureusement disparue très tôt :
Eve Malleret.
Serge Ritman
Né en 1954 à Cholet (49),
après avoir été postier à Paris, instituteur
puis formateur d’enseignants à Cergy-Pontoise (Val d’Oise),
Serge Martin est maître de conférences en langue et littérature
françaises habilité à diriger des recherches à
l’Université de Caen-Basse-Normandie. Spécialiste
de poésie contemporaine, ses recherches portent sur le continu
de la voix et de la relation. Il est membre du comité de rédaction
de la revue Le Français aujourd’hui (éd.
Armand Colin) depuis 1990.
Il a participé à la revue Sapriphage dans les
années 90 puis a rejoint le comité d’entretien de
la revue des éditions Tarabuste, Triages. Il anime avec
Laurent Mourey et Philippe Païni la revue et la collection Résonance
Générale (éd. L’atelier du grand
tétras, 25210 Mont-de-Laval) depuis 2007. Il est l’auteur
de nombreux articles et essais et publiera prochainement une histoire
de la revue de Georges Lambrichs, Les Cahiers du Chemin (1967-1977).
Serge Ritman a commencé à publier tardivement. Son écriture
d'emblée placée sous le signe des commencements (En
Herbe) porte devant elle une enfance à la fois innocente
et malicieuse. La diatribe sociale n'est jamais éloignée
de la déclaration amoureuse dans sa douzaine de livres publiés
à ce jour. Sa devise est prise à Ghérasim Luca
: « s’asseoir sans chaises ».
Bibliographie :
Lavis l’infini(e) avec des lavis or et argent de Colette
Deblé, éd. De, 1996.
En Herbe avec des lavis de Maria Desmée, éd.
Le Dé bleu, 1997.
Rossignols & Rouges-gorges, éd. Tarabuste, 1999.
À Jour avec des lavis de Ben-Ami Koller, éd.
L’Amourier, 2000.
Illyriques, éd. Voix-Richard Meier, 2000.
Scènes de boucherie, éd. Rafael de Surtis, 2001.
Ta Résonance avec des lavis de Colette Deblé,
éd. Océanes, 2003.
De l’air, éd. l’épi de seigle, 2003.
Ta Manière noire avec des lavis de Laurence
Maurel, éd. L’Attentive, 2004.
Non mais ! avec des collages de Danielle Avezard, éd.
Tarabuste, 2004.
Ma Retenue, petits contes en rêve avec des peintures
de Ben-Ami Koller, éd. Comp’Act, 2005.
« Correspondances et circonstances, Trois petits contes en lettres
» dans Ciel nocturne, Douze poètes et nouvellistes
bulgares et français, Paris/Caen, L’Inventaire, Association
« Balkans-Transit », 2006..
Éclairs d’œil, avec des lavis de Laurence
Maurel, éd. Tarabuste, 2007.
À l’heure de tes naissances, avec des lavis de
Laurence Maurel, éd. L’atelier du grand tétras,
2007.
Claire la nuit, avec des lavis de Laurence Maurel, éd.
L’atelier du grand tétras, 2011.
Publication électronique :
Ton nom dans mon oui, avec une couverture de Ben-Ami Koller,
éd. publie.net, 2010.
Et dans les revues :
Contre-allées, Décharge, Diérèse, L’Étrangère,
Lieux d’être, Europe, Incertain Regard, Maisons Atrides,
N 4728, Nu(e), Poésie & Arts, Rehauts, Poésie &
Art, Résonance générale, Sapriphage, Serta, Triages.
Poèmes traduits en grec, en bulgare et en hébreu.
Sous le nom de Serge Martin :
Francis Ponge, Bertrand-Lacoste, 1994.
(avec Marie-Claire Martin) Les Poésies, l’école,
PUF, 1997.
Les Contes à l’école, Bertrand-Lacoste,
1997.
(avec Marie-Claire Martin) Les Poèmes à l’école,
Bertrand-Lacoste, 1997.
La Poésie dans les soulèvements. Avec Bernard
Vargaftig, L’Harmattan, 2001.
(direction) Chercher les passages. Avec Daniel Delas, L’Harmattan,
2003.
(direction) Avec Bernard Noël, toute rencontre est l’énigme,
Rumeur des âges, 2004.
L’Amour en fragments. Poétique de la relation
critique, Artois Presses Université, 2004.
(avec Gérard Dessons et Pascal Michon), Henri Meschonnic,
la pensée et le poème, In’Press, 2005.
Langage et relation. Poétique de l’amour, L’Harmattan,
2006.
(direction) Avec Ghérasim Luca passionnément…,
éditions Tarabuste, 2006.
(direction) Nu(e) n° 37 (« Jacques Ancet »),
2007.
(avec B. Bonhomme et J. Moulin), Méthodes !, n° 15 («
Avec les poèmes de Bernard Vargaftig. L’énigme du
vivant »), éditions Vallongues, printemps 2009.
(avec Marie-Claire Martin) Quelle Littérature pour la jeunesse
?, Klincksieck, 2009.
(direction) Émile Benveniste pour vivre langage, L’Atelier
du grand tétras, 2009.
La Poésie à plusieurs voix. Rencontres avec trente
poètes d’aujourd’hui, coll. « Le Français
aujourd’hui », Armand Colin, 2010.
(direction) Penser le langage Penser l’enseignement Avec Henri
Meschonnic, L’Atelier du grand tétras, 2010.